La dépression

 

Selon l’OMS, “la dépression est un trouble mental courant se caractérisant par une tristesse, une perte d’intérêt ou de plaisir, des sentiments de culpabilité ou de dévalorisation de soi, un sommeil ou un appétit perturbé, une certaine fatigue et des problèmes de concentration”. Autant dire qu’il s’agit de l’un des maux de notre siècle.

 

A cet effet, j’ai eu le plaisir de découvrir un article des plus intéressants qui abordait la dépression d'une manière vraiment différente de ce que l'on lit habituellement. Le temps d’une vingtaine de pages, huit herboristes partagent leur vision sur ce trouble mental, apportent un regard nouveau et nous interpellent sur de nombreuses fausses perceptions de la dépression.  Depuis lors, je n'ai qu'une envie : celle de vous partager une partie de ce texte. La parution originale est en anglais, mais au vu de l’importance du sujet, je me lance pour une courte traduction. L’entièreté de l’article mérite d’être lu mais je retiendrais ici les propos de Caroline Gagnon qui m’ont le plus touchés. Caroline Gagnon est herboriste, professeur d’herboristerie, co-fondatrice et directrice de l’école d’herboristerie Flora Medicina, au Québec.

 

Voici ce qu’elle nous partage: 

 

La dépression revisitée

 

" Si jamais vous avez déjà fait l’expérience d’un épisode dépressif, vous savez que c’est comme un paysage large et profond, aux dimensions et aux couches multiples qui se balancent et tourbillonnent autour de vous jusqu’à que ce que vous trouviez un chemin pour le traverser. Cependant, au lieu de regarder la dépression uniquement comme une maladie, pourquoi ne pas la voir comme un voyage vers un nouveau nous, vers notre vrai nous? Afin de réviser cela, prenons un peu de recul et regardons la dépression à travers un nouveau regard : celui de l’herboriste.

 

Lorsque j’ai été invitée par Herbal Geek  pour écrire un article sur la dépression, beaucoup de choses me sont venues à l'esprit spontanément. Et parmi celles qu'il me semblait nécessaire d'aborder était la façon dont nous, en tant qu'herboristes, envisageons cette question difficile et ce qui influence nos choix de traitements. Mais avant d’en arriver là, explorons d’abord les points de vue culturels sur la dépression et les différentes causes physiologiques que nous pensons y être liées. Je souhaite également aborder la question de la médication et son impact sur la dépression.

 

Approches culturels de la dépression

 

Il y a un exemple très intéressant dans le livre "Crazy like us" où l’auteur explique comment les antidépresseurs ont été commercialisés au Japon au début des années 2000. GlaxoSmithKline, le fabricant de Paxil (Deroxat), s’est battu pour convaincre les japonais  qu'ils étaient dépressifs et qu'ils avaient besoin de prendre une pilule pour soigner quelque chose qu’ils ne percevaient pas comme une maladie.

 

Par ailleurs, les japonais considèrent la capacité d’expérimenter une grande tristesse non pas comme un poids mais comme un signe de force et de distinction. Etant donné qu'ils sont moins enclins à prôner l’individualisme, ils ne considèrent pas les états internes comme une affliction individuelle mais plutôt comme une réaction à un environnement global, y compris le climat. Un sentiment de tristesse lors d’une situation triste est un signe de sensibilité et certainement pas une maladie.  Pourquoi le monde s'acharne a vouloir donner une pilule à une personne qui a une réaction appropriée lors d’une situation difficile?

 

L’influence du marketing sur nos croyances culturelles

 

 

Mon point de vue est que notre diagnostic de la dépression est profondément marqué par notre culture. Il est malheureusement aussi influencé par le marketing des industriels concernant leurs remèdes. J'en veux pour preuve les ventes records d’antidépresseurs au Japon en 2005! En effet, ils ont réussit à convaincre les japonais que la tristesse était une maladie qu’il fallait soigner.

 

J’observe que la classification des maladies mentales est bien plus basée sur la disponibilité de médicaments que sur des preuves scientifiques ou physiologiques. Alors que des nouveaux médicaments arrivent et que leur marché grandit, certains de mes clients sont ravis d’ « apprendre » qu’ils souffrent d’un THADA (trouble de l’hyperactivité avec ou sans déficit de l’attention) pour adulte ou un déficit de la progestérone. Dernièrement, un client m’avouait « C’est pour cela que je pleure sans cesse (et non parce que j’ai été largué par mon ex) ». Tant que nous proposons une variété de remèdes à cette situation, que ce soit des plantes, des médicaments, une alimentation ou des changements d’hygiène de vie, nous la définissons littéralement. Cela nous donne peut être un sentiment de sécurité dans le choix du traitement mais je pense qu’il est important de considérer que l’acte thérapeutique peut également être un facteur réducteur du processus de guérison.

 

Lorsque nous mettons tous les symptômes dans un paquet afin de le réduire à un diagnostic, nous perdons la subtilité de nos différents états et de nos désaccords. De plus en plus de gens sont mis sous antidépresseurs, y compris de nombreuses personnes de ma clientèle, parce qu’ils ont des burn-out, de la tristesse, de l’anxiété, un manque de sommeil, parce qu’ils mangent la mauvaise alimentation, parce qu’ils refoulent leurs émotions ou tout simplement parce qu’ils sont trop sédentaires. Or, les antidépresseurs n’ont jamais traités ces questions fondamentales.

 

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Et si nous étions invités à percevoir la dépression différemment? Pas nécessairement comme du désespoir et  de l'isolement mais comme un voyage intérieur auquel notre corps nous invite. Je dis souvent à mes clients qu’ils n’ont pas le pouvoir sur les émotions qu’ils ressentent, mais qu’ils ont le pouvoir de faire des choix concernant leur isolement. En se déplaçant vers l'intérieur, il peut aussi s'ouvrir aux saveurs de ce monde, que ce soit une musique réconfortante, une promenade au soleil, la communion avec la nature ou trouver une oreille attentive. Essayer de nouvelles façons de s'exprimer à travers l'écriture, l'art, la chanson… Juste pour nous donner une chance de découvrir qui ils sont vraiment. Nous avons le pouvoir de décider de nous mettre dans des situations qui favorisent le flux de vie et nous aident à prendre du recul. Dans ces moments difficiles, nous devons nous voir sous un jour différent et trouver un vaisseau pour mieux nous retenir.

 

La valériane

 

 

 

 

Il m'a fallu beaucoup de temps pour vraiment connaître cette plante; rétrospectivement, je pense que je l'abordais de la mauvaise manière. J'ai été surprise quand j'ai finalement fait le constat, bien que je ne m'y attendais pas, qu'elle était beaucoup plus subtile et douce, avec une certaine finesse dans son action.

 

J'utilise la racine de valériane pour les personnes qui ont leur esprit dispersé, les personnes qui ne peuvent pas dormir parce que leur esprit tourne ou qui sont trop nerveuses ou même hystériques avec des pensées incontrôlées et de la panique. Elle ramène doucement une personne dans son corps, rassemblant une conscience dispersée et la ramenant calmement à un endroit intérieur plus sûr (action antispasmodique sur la région du plexus solaire), où la phase de sommeil profond est augmentée et un apaisement est trouvé.

 

Wilhelm Pelikan dans son travail intitulé «L’homme et les plantes médicinales» basé sur ses études avec Rudolf Steiner déclare que «la valériane ramène le cosmique sur la terre et non la terre dans le cosmique».

 

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Le pin sylvestre

 

 

 

 

Ce que le pin sylvestre procure et offre à la nature en fait l’un de mes préférés. Il aide doucement mais sûrement dans des moments où on a vraiment besoin d’une épaule sur laquelle s’appuyer.

 

Le pin est un stimulant du cortex surrénalien et un traitement très efficace. Je suis très fan de son huile essentielle. Une goutte frottée sur les glandes surrénales chaque matin pendant maximum sept jours (trois jours suffisent généralement) pour réactiver les glandes surrénales fatiguées. Son effet «semblable à la cortisone» a une action de re-déclenchement; les surrénales continueront et fonctionneront de manière plus indépendante.

 

L’intégrité du pin combinée à son action de soutien en font un excellent moyen de s'aligner en douceur tout en gardant la sensation de sécurité. L'essence de fleur (le pin en fleur de Bach) est utilisée pour les sentiments de culpabilité et d'auto-reproche; les personnes déprimées se sentent souvent sans valeur et peuvent même se blâmer pour les problèmes des autres. La douce force de soutien du pin nous donne le sentiment que nous sommes dignes d'amour et d'acceptation de notre part et aide à arrêter les sentiments d'auto-punition."

 

 

Voilà. Ceci n'est qu'un extrait de ce que nous révèle ce formidable article. Le choix de ces passages se justifie par le fait que selon moi, ils apportent un regard différent sur la compréhension et l'approche que nous avons des troubles mentaux, y compris la dépression.

 

Après plusieurs années, en tant qu'herboriste, à rencontrer chaque jour des personnes désireuses de trouver un remède rapide, voir instantané, à leur douleur, j'ai choisis de me munir d'une deuxième casquette, celle de thérapeute.  Prendre le temps, par le biais des consultations, d'offrir de l'écoute, d'entamer les démarches d'une introspection souvent repoussée, de creuser au plus profond de soi la cause des maux, des douleurs et des mal-êtres qui nous habitent, le tout en s'accompagnant des pouvoirs des plantes et de l'herboristerie est pour moi au-delà d'une passion et d'une fierté. C'est une nécessité pour accompagner au mieux toutes ces âmes, parfois écorchées, souvent pleines de vie, blessées, en deuil ou porteuses de lourds fardeaux.

 

 

 

 

 

 

Lien vers l'article en anglais : http://www.herbgeek.com/herbs-for-depression-eight-herbalists-share-strategies/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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d'ASSYA L'HERBORISTE ​

le blog

 

L'auteure : 

Assya Garcez

Herboriste & Thérapeute

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